Résumé

La France peut gagner la course de l'IA. Quel en serait le prix?

  • Cette note propose le plan “Prométhée” : un projet sur trois ans pour que la France et ses partenaires développent un laboratoire d’IA de frontière capable de rivaliser avec les meilleurs laboratoires américains, afin d’assurer leur indépendance stratégique.

Sortir de la dépendance à l’IA demande un effort inédit

  • Dans une économie irriguée par les grands modèles de langage, ne pas produire soi-même ses flux d’intelligence artificielle revient à dépendre d'autrui pour une part croissante de sa productivité, de sa puissance industrielle et de sa sécurité.
  • La France ne dispose aujourd'hui d'aucun modèle de frontière (le plus haut niveau de puissance), et les récents contrôles américains à l'exportation sur les meilleurs modèles d'Anthropic illustrent le danger de cette situation.
  • Or aucun laboratoire de ce rang n'émergera de façon organique : il faut un effort délibéré de l'État.
  • La France est la seule puissance, hors États-Unis et Chine, à réunir les conditions pour devenir la troisième nation de la frontière, à condition d'en faire une priorité nationale de premier rang.

L'objectif technique

  • Viser 12 GW de puissance de calcul en 2029 (trajectoire : 2 GW en 2027, 7 GW en 2028, 12 GW en 2029), soit le niveau des grands laboratoires américains.
  • Attirer les meilleurs chercheurs du monde au sein d'une équipe resserrée (1 700 personnes).
  • Être capable en 2029 d’entraîner des modèles à la frontière.

Le coût

  • 148 Md€ dès 2027, plus de 270 Md€ en 2029, soit un cumul d'environ 620 Md€ sur trois ans. Le calcul concentre l'essentiel du coût (95 %).
  • Cela représente 4,5 à 8 % du PIB français, dont 1,5 % d'investissement public par an : ce serait un effort d'une échelle historique.

L'architecture proposée

  • Nous proposons de distinguer deux blocs :
  • Un laboratoire scientifique autonome, où l'État ne détiendrait qu'une part minoritaire (25 %) mais garderait des instruments de contrôle stratégique.
  • Un vaste programme d'infrastructures (compute, énergie, foncier), piloté par la puissance publique, adossé à une « loi Prométhée » dérogatoire pour accélérer les procédures et à un volet de programmation financière.

La coalition

  • Menée par la France, avec un leadership clairement assumé et crédibilisé par son engagement financier.
  • Ouverte à des partenaires (européens, mais aussi Corée du Sud, Taïwan, Japon, Royaume-Uni, Émirats, Canada, Australie…) qui contribuent au financement contre un accès garanti au compute et aux modèles.

Principaux points de blocage

  • Au-delà de l'énormité du coût, la seconde difficulté vient de l'approvisionnement en puces, et donc de la dépendance initiale à Nvidia et à l'administration américaine.

La conclusion stratégique

  • Les alternatives moins coûteuses (parier sur l'open source, ou négocier une interdépendance avec les États-Unis et la Chine) n'offrent aucune garantie d'autonomie réelle.
  • La question décisive reste donc : les défenseurs de la souveraineté française sont-ils prêts à en payer le prix ?

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